Faut-il continuer à opposer les générations ?

C’est bien connu : les vieux sont cons, les jeunes sont immatures, les enfants sont irresponsables, les parents ne comprennent rien…

Ah bon ! Mes parents sont cons, MES enfants sont irresponsables. Et moi, JE ne comprends rien !

On oppose les générations en permanence. La presse et la publicité utilisent ce biais pour générer de l’audimat. Ce perpétuel conflit de générations met en danger la cohésion sociale en considérant « l’autre » comme un ennemi, un égoïste, voire un profiteur.

La publicité de la Caisse d’épargne en est un parfait exemple. La même publicité aurait pu être faite pour montrer comment la banque permettait aux jeunes actifs d’accéder à leur indépendance. On a préféré ridiculiser leurs parents.

Mais ces privilégiés, ces infames profiteurs ou ces sacrifiés correspondent-ils à des tranches d’âge précises ? Faisons le point sur ces générations qui s’opposent. Qui mérite le titre de profiteur, celui d’égoïste ou celui de profiteur ?

La génération grandiose (née entre 1906 et 1925)

Ceux-là et celles-là ont connu la première et la seconde guerre mondiale avec les privations, les morts, les « gueules cassées » et les souffrances qui s’y rattachent. Cependant leur génération voit des avancées sociales importantes. En 1906, ils ne travaillent plus que 6 jours par semaine soit 60 heures. En 1919, la semaine de travail passe à 48 heures.

La génération silencieuse (née entre 1926 et 1945)

En 1929, l’activité économique en France chute considérablement et le chômage atteint des niveaux records. En 1936, deux semaines de congés payés annuels sont accordées, sous la pression du Front populaire. La semaine de travail est ramenée à 40 heures. Les salaires sont fortement augmentés.

Mais la seconde guerre mondiale va mettre un terme à ces progrès. Cette génération va aussi connaître les privations, va subir les bombardements de l’aviation alliée, voire les déportations ou les exécutions sommaires de l’ennemi. En 1945 l’âge de la retraite est fixé à 65 ans et une sorte de minimum vieillesse est institué. L’espérance de vie est rarement suffisante pour toucher la retraite promise.

Un million et demi de Français nés entre 1935 et 1942 seront mobilisés pour la guerre d’Algérie.

La génération Baby-boom (1946 – 1965)

Le spermatozoïde qui va féconder l'ovule
Photo de Geralt sur Pixabay.com

On a appelé la période : les trente glorieuses. Sans blague !
Pourtant il faudra attendre 1949 pour voir la disparition des tickets de rationnement et en 1973 arrivera le premier choc pétrolier. Les trente glorieuses c’est le plein emploi et la relance de l’économie avec le plan Marshall des Etats Unis (1948-1952) mais pas un niveau de vie confortable pour une grande partie de la population.

A l’époque, comme le dit Daniel Guichard, ce n’’était pas la misère, ce n’était pas non plus le paradis.

Vers le milieu des années 50, moins d’un ménage sur 10 disposent d’un réfrigérateur. Il faudra attendre la décennie suivante pour voir leur nombre très fortement progressé. En 1956, on institue la troisième semaine de congés. Mais en 1959, 40% des logements n’ont toujours pas l’eau courante. 30 glorieuses, vous dites !

Beaucoup de femmes travaillent pour augmenter le revenu du ménage, qui ne suffit plus pour se payer les nouvelles opportunités qu’offre la société de consommation. Les jeunes n’ont aucun droit durant cette période et ne sont pas autorisés à exprimer la moindre opinion. Ce sont ces jeunes que l’on retrouvera dans les rues en mai 68 où la jeunesse étudiante et lycéenne, qui n’en peut plus de la dictature des adultes, se révolte. Pendant les années qui vont suivre, le mois de mai verra se reproduire des grèves dans les établissements du secondaire et les universités.

Avec le temps, les baby-boomers vont être qualifié de « Papy-boomers » et l’appellation plus récente « Ok boomer » va voir le jour. La traduction du terme est très insultante.

Cette génération veut changer les choses. Jean-Jacques Goldman, Michel Berger, Daniel Balavoine, Michaël Jones sont des boomers, Mylène Farmer aussi. Elle chantera pourtant en 1991 « Désenchantée ».

La génération X (née entre 1966 et 1980)

Tableau de visages appartenant à toutes générations
Photo de Geralt sur Pixabay.com

Fin 67, De gaulle signe la légalisation de la pilule contraceptive. La femme conquiert des libertés et des droits.

L’enfant prend la parole. C’est dans cette période que nait le concept de l’enfant roi.

La liberté sexuelle prend son essor après 68 mais surtout à partir de 1974 avec l’adoption de la loi sur l’Interruption Volontaire de Grossesse.

On ramène la durée du service militaire à un an en 1970. La majorité passe à 18 ans en 1974.

La génération X prend le nom de « Bof génération ». Les espérances de mai 68 se sont envolés avec le temps et des difficultés économiques apparaissent. La génération X a été élevée dans la certitude d’une vie meilleure et avec les premiers chocs pétroliers, le réveil est plutôt brutal.

Dès 1973, la situation économique se détériore. Faible croissance et augmentation rapide des prix et du chômage sont au programme. Ce sont les moins diplômés qui vont le plus souffrir dans cette période, jusqu’à ce que la crise s’étende à une large partie de la population, diplômés y compris.

La génération Y appelée aussi génération milléniale (née entre 1981 et 1995)

Certains ont appelés les jeunes de cette génération les digital natives. En France c’est surtout l’ère du minitel. On parle de 3 millions de terminaux fabriqués. A l’école, on a bien développé le programme Informatique pour tous mais celui-ci se fait avec du matériel Thomson de piètre qualité et la formation est assurée par des enseignants qui se débrouillent… comme ils peuvent.

En 1995, 20 % des familles seulement disposent d’un ordinateur au domicile. La même année, moins de 10 % des jeunes disposent d’un téléphone mobile. On est donc très loin du concept de « digital natives ».

Cette génération veut un emploi mais, pour la première fois, elle revendique aussi le droit à une vie privée et aux loisirs. Ces jeunes savent aussi qu’ils ne passeront pas toute leur vie dans la même entreprise. En 1980, l’inflation atteint les 13.6 %.

En 1984, on passe la barre des 2 millions de chômeurs.

La génération Z (née entre 1996 et 2010)

Un bébé, une maman, une mamie
Photo de Geralt sur Pixabay.com

Ceux-là sont des digital natives. L’ordinateur est arrivé dans le foyer de leurs parents et à la fin de cette période, les plus âgés possèdent leur propre machine. Une majorité des jeunes de 12 à 17 ans disposent d’un mobile.
Le smartphone ne s’est pas encore imposé mais le sms est partout présent. Les premiers réseaux sociaux font leur apparition.

Le service militaire est « définitivement » supprimé avec la libération des derniers conscrits le 30 novembre 2001.

La génération Z cherche en priorité un travail dans lequel elle veut s’épanouir.

L’institution du mariage pour tous en 2013 a modifié profondément ce que l’on croyait être les fondements même de la société, à savoir un homme et une femme avec des enfants.

L’urgence climatique s’impose comme une priorité pour cette génération et la génération suivante.

Les déviances de la société ne sont pas nouvelles mais elles sont davantage médiatisées. La parole se libère, la pure calomnie aussi.

En septembre 2021, une enquête de l’Institut Montaigne a été réalisée auprès de 8 000 jeunes de France métropolitaine nés entre 1997 et 2003.

Il en ressort une génération qui s’estime globalement heureuse (82 %). Ils expriment le souhait de choisir un métier par passion. Ils ont un fort désir de mobilité. On constate un net affaiblissement de l’attachement à la démocratie et une plus grande tolérance à l’égard de la violence politique. Les jeunes femmes se sentent plus impliquées dans le débat public. 62 % se sentent très concernés par les questions liées au climat.

MAIS 68 % des jeunes pensent que les dirigeants politiques sont plutôt corrompus.

La génération Alpha (née à partir de 2010)

Ceux-là sont encore trop jeunes pour pouvoir déterminer de nouvelles tendances. Difficile à ce stade de les distinguer fondamentalement de la génération Z. Communicants nés, le smartphone devrait être le prolongement de leur pensée. L’intelligence artificielle devrait s’imposer partout. Seront-ils le jouet de manipulations numériques diverses ou auront-ils appris à s’en affranchir ?

En conclusion

Mains de deux personnes d'âges différents
Photo de Malin K. sur Unsplash.com

Aucune génération n’est en soi privilégiée, favorisée ou victime.

Chaque génération apporte de petites révolutions qui permettent à celles qui suivent de faire de nouveaux choix.

Rien n’est définitivement acquis ni définitivement perdu. Notre histoire alterne des moments de grâce avec des périodes douloureuses.

Que serions-nous sans les générations qui nous ont précédées ? Que serions-nous sans celles qui nous suivent et nous permettent d’évoluer ?

Il faut arrêter de juger les évènements passés avec les yeux d’aujourd’hui ou l’actualité d’aujourd’hui avec la logique du passé. 

La mixité intergénérationnelle devient une force quand on utilise l’ensemble de ses atouts au lieu de les stigmatiser.

Cliquez sur un de ces liens pour commenter l’article sur les réseaux sociaux :
Twitter
Facebook
Linkedin